par hasard
Je veux te rencontrer à nouveau par hasard, on se croiserait, toi sortant, moi entrant, je dirais oh ! mais …, et tu te retournerais, œil étonné et début de sourire, et je n’entrerais pas , et tu resterais là dans ce retournement, amusé, on se connaît, et je rirais, on s’est déjà vu, et tu serais charmé, et tu resterais là pour voir où ça nous mène, et je dirais le nom d’une ville et tu dirais mais oui, on poserait des questions du bout des doigts, vous partiez, on se tutoie, allons boire un verre ensemble, marchons le long du fleuve, et nous le ferions, et je te regarderais par petites touches pour mieux savoir tes rides au coin des yeux et nos bras se frôleraient, c’est inévitable, et ils s’appuieraient légèrement un peu plus l’un sur l’autre en marchant le long du fleuve, et puis on s’arrêterait brusquement pour mieux se voir encore et parler face à face, les yeux bleus dans les yeux bruns, les mains voltigeant emportées par les paroles et on sourirait et on rirait, on se ferait rire, et au milieu d’une phrase, tu suspendrais un geste et tu dirais tu viens chez moi , et ce serait une invitation bateau, une invitation déjà vue, mais on dirait que ce serait la première, alors je dirais oui, ou bien non, ce serait moi qui le demanderais et toi qui dirais oui, ça ferait comme une urgence, l’urgence de la peau, l’urgence de la bouche et du cou, l’urgence des bras autour et des mains sur la peau de l’autre et on monterait un escalier, essoufflés et ravis, j’aime ce mot ravi, ravissement, notre ravissement au monde serait total, veux-tu un thé, un café, un verre d’eau, un verre d’eau oui, et on ne le boirait pas, parce que l’urgence de la peau, de la bouche et du cou nous prendrait et nous nous laisserions faire, et nous serions envahis, nous nous laisserions envahir l’un par l’autre jusqu’à meurtrir nos lèvres et nos yeux, et plus tard nous dirions que nous nous sommes rencontrés par hasard.

